Barnabé Chaillot

Barnabé Chaillot se consacre depuis plus de 10 ans à la recherche et la promotion de l'autonomie énergétique, hydrique et alimentaire. Il est spécialisé dans la création, l'expérimentation et la diffusion de petits systèmes autoconstruits, simples et accessibles au plus grand nombre. De l'alimentation solaire, en passant par un rocket-stove, faire sa farine maison, ou boire et se laver à l'eau de pluie, etc. Toutes ses vidéos suivent une démarche scientifique : De l'idée, au prototype, aux tests, en passant par les problèmes et leurs résolutions, ses tutos sont très didactiques, accessibles et filmés dans la bonne humeur.

Dans cette interview, Barnabé nous en dit plus sur son autonomie en eau et l'évolution de sa réflexion sur le sujet de l'eau de pluie. 


Interview de Barnabé Chaillot 

 

Bonjour Barnabé, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

"Je suis bricoleur du dimanche à temps plein. Je fais des vidéos et des tutos. J’essaye de faire des choses reproductibles et qui nous poussent vers toujours plus de liberté, d’autonomie et donc de résilience. Je partage mes expériences notamment sur YouTube."


Pourquoi cette passion pour le partage de tes expériences ?

"Cela a commencé par bricoler une éolienne. Quand j’ai vu que je n’avais pas assez de vent chez moi, au lieu de la démonter et la recycler, un ami m’a conseillé de filmer ma démarche, mes erreurs et de suivre l’évolution du projet. De l’inspiration à la conception en passant par les nombreux obstacles et adaptations. Cette vidéo à beaucoup plus et ce concept de faire voir la démarche dans son ensemble est devenu la ligne éditoriale de ma chaine YouTube."


Es-tu 100% autonome en eau ?

"L’autonomie, c’est toujours pareil. Est-ce que tout le monde est 100% autonome pour se déplacer sans pétrole ? Oui bien sûr, car nous avons tous des jambes. En revanche, est-ce que l’on ne se déplace qu’avec nos jambes ? La réponse est non. Dans le cas de l’eau, c’est pareil dans mon cas. J’ai 10 fois plus d’eau de pluie que ce dont j’ai besoin, mais j’achète quand même de l’eau de ville."


Pourquoi ce choix ?

"Si demain il n’y a plus d’eau du réseau, je serai 100% autonome. En fait, je suis autonome, mais je n’en tiens pas compte. Nous avons un WC sec, mais on n’y va jamais car nous avons de l’eau de pluie pour alimenter la chasse d’eau.
Au début, j’utilisais un petit chauffe-eau électrique de 10L que l’on allumait 20 minutes avant de prendre notre douche et que l’on arrêtait juste après (c’est le temps qu’il faut pour chauffer les 10L). Une fois refroidie, cela représente une douche de 20L. Largement suffisant pour se laver. L’avantage de ce système est d’être doublement économique. J’ai calculé qu’allumer 4 fois le chauffe-eau de 10L consommé moins que notre gros chauffe-eau standard. Aussi, on utilise moins d’eau sous la douche, car une fois la réserve d’eau chaude partie, l’eau commence rapidement à se refroidir, c’est le signal qu’il faut vite se rincer avant de n’avoir que de l’eau froide.
Désormais, comme pour le WC sec, nous préférons le confort de chauffe-eau standard alimenter à l’eau de ville. C’est quand même plus pratique, car c’est plus rapide pour tout le monde au quotidien."

 

Peux-tu expliquer ton système ?

"J’ai simplement un petit pan de toiture de 70m² (sur les 200m² totaux) qui se jette dans une cuve en plastique de 3500L équipée d’un préfiltre. L’eau est aspirée via une crépine flottante par une pompe et un surpresseur me permet d’alimenter toute la maison dans un réseau de tuyaux secondaire. Le robinet de cuisine est lui toujours raccordé à l’eau de ville, ainsi que l’eau chaude. Cela pour éviter de devoir installer un second chauffe-eau. Ainsi tout le réseau d’eau chaude est branché à l’eau de ville.
Nous sommes 4 et nous consommons 2.5m3 d’eau de pluie par mois et environs 2m3 d’eau de ville."


As-tu déjà étais en pénurie d'eau de pluie ?

"Oui, 2 fois de suite pendant 1 semaine. Une fois, ils avaient annoncé de la pluie, j’ai donc vidé ma cuve pour remplir mes réserves pour le jardin et il n’a pas plu. Mais cela reste rare par chez moi (Grenoble) qu’il ne pleuve pas pendant 1 mois et demi. Si cela devait se repérer, je commencerais par dévier plus de toiture dans ma cuve (je n’ai actuellement que 70m² de surface qui alimentent ma cuve)."


J’ai vu dans une de tes vidéos que tu possèdes un filtre à gravité, tu peux m’en parler ?

"Oui, j’ai un filtre à graviter de type Berkey / Bekerfeld avec des cartouches céramiques / charbon actif. C’est un système génial totalement passif. Je l’ai surtout quand je reçois du monde, pour ne pas les obliger à boire de l’eau de pluie non filtrée. C’est également un système de secours s’il fallait boire tous les jours boire de l’eau de pluie avec des gens sensibles qui ont mal au ventre ou autre. On pourrait passer sur ce système sans problème."


As-tu un système pour contrôler le niveau de ta cuve ?

"Oui, j’ai un système avec un radar de recul de voiture. Ça coute 15 euros. Cela fonctionne via un radar phonique qui bip et me donne une idée du niveau de l’eau selon le bip. Mais au final, je ne regarde pas souvent, car comme il pleut souvent, je sais que j’ai assez d’eau."


Comment filtres-tu ton eau?

"Au début, j’avais mis une série de filtres (filtre lavable puis filtre à sédiment de 10 microns). Un jour au moment du nettoyage, j’ai remarqué que les filtres sentaient fortement la vase. J’ai considéré qu’à cet endroit, cette concentration de vase n’était pas nécessaire. Ça ne me plaisait pas. J’ai alors décidé de retirer mes filtres. À la base, l’eau n’était pas pour les besoins potables. Puis, on a commencé à se brosser les dents avec. Peu après, j’ai appris que mon fiston avait décidé de s’acclimater à l’eau de pluie. Il en buvait une demi-gorgée tous les jours. Il n’a pas été malade. Aujourd’hui on en boit sans se soucier de quoi que ce soit, il ne nous est rien arrivé jusqu’à présent. L’eau n’a pas le gout particulier. J’aime beaucoup dire que notre eau n’est pas potable et c’est très dangereux, car les oiseaux chient sur notre toit ;)"


Comment s’est faite cette transition dans la famille ?

"Au début seul la salle du bain du bas, la douche, les WC et la machine à laver étaient raccordés à l’eau de pluie. L’expérience étant concluante, nous avons ensuite passé toutes les canalisations d’eau froide à l’eau de pluie. Tout le monde a très bien accepté l’arrivée de l’eau de pluie dans la maison, surtout les enfants."


Pourquoi ce choix de l’autonomie ?

" La liberté. Je ne veux pas dépendre de qui que ce soit ou quoi que ce soit. Je veux être libre de choisir ou non d’être dépendant. Je voulais une source d’eau au cas où le réseau tombe en panne ou si un jour je ne gagne plus d’argent, j’aimerais pouvoir ne vivre de quasiment rien. Cette liberté et cette résilience me permettent de ne pas trembler s’il n’y a plus d’eau de ville."


Qu’en pensent ton entourage et les gens de ta démarche d’autonomie en général ?

" Comme tout le monde, ils trouvent intéressant d’en entendre parler. Tout le monde est curieux est intéressé si je dis que je fais 200kg de pommes de terre, que je suis autonome en noix, que je fais mon huile, mes chaussures, mais quand il s’agit de passer des heures dans le jardin à ramasser les récoltes, faire des conserves, etc., il n’y a plus personne."


Si je te dis résilience ?

« Disons simplement que quand l’extérieur se modifie, toi tu peux rester pareil et regarder les autres s’affoler. »


Que penses-tu du survivalisme ?

« Je trouve que la démarche est très bonne et permet d'ouvrir les consciences. En revanche, c’est un sentiment qui peut vite devenir destructeur et angoissant. Le fond est le même (que l’autonomie), mais avec souvent un peu plus de peur. La peur d’être submergé par un changement extérieur. S’il devait y avoir un gros changement extérieur, je ne pense pas que l’on puisse s’y préparer de toute façon. Tenir 3 semaines de plus que les autres, à quoi bon ? Aussi en ce qui con-cerne l’effondrement probable dont on entend parler régulièrement, il est possible que cela mettre énormément de temps, sur plusieurs générations.

Quant au fait de stocker, si rien ne se passe, cela peut générer beaucoup de gaspillage. Un gros stock de bouteilles en plastoc ou des boites des conserves, pour moi, c’est de la mal bouffe. Si on parle de haricot sec, ou si possible de cuve d’eau de pluie, OK. Mais stocker de la mal bouffe, ça ne me va pas.

 
Si je suis au fond survivaliste, je préfère me qualifier d’autonomiste. »


Quelle est ta vision du futur ?

« Je suis assez pessimiste. Tout se modifie et se dégrade. Les animaux, la faune, la flore, les in-sectes, les oiseaux, la biodiversité, les semences potagères… tout se dégrade, on bétonne, on goudronne et dans le même temps, on se déconnecte. Plus personne ne sait décortiquer du sarrasin. Plus personne ne sait moudre du blé, potabiliser de l’eau ou savoir que l’on peut boire de l’eau de pluie. Le pétrole, tout le monde sait que ce n’est pas éternel et à côté de ça, le risque nucléaire est bien là. Même si le risque est faible, statistiquement ce n'est qu'une question de temps avant le prochain accident. Je pense que le progrès est le problème. Trouver une solution en inventant une solution technique qui, globalement et de manière assez objective, est plus complexe que le problème déjà présent ne peut pas fonctionner. Pour ne pas trop prendre de bois, on a trouvé du charbon, puis du pétrole puis du nucléaire et maintenant on fait du lithium. Or chaque solution est pire que la précédente. On pense que le progrès va amener une solution alors que pour moi le progrès, c’est le problème. »


Si tu avais un conseil à donner aux lecteurs de ce livre, quel serait-il ?

« C’est dommage de ne pas utiliser ce qui tombe sur le toit. Cette eau plus ou moins propre permet déjà de faire énormément de chose. Aussi, il ne faut pas avoir peur de l’eau de pluie et des normes. Mon conseil donc, mettez une cuve sous la gouttière, buvez un peu d’eau, faites des tisanes, regardez si vous n’êtes pas malade, testez. »


Un mot sur les bactéries ?

« C’est un sujet consensuel. Il y a des bactéries partout. Dans beaucoup de pays, les gens ne boivent que de l’eau de pluie et tout va bien.

Les bactéries dans l’eau ne sont peut-être pas le plus gros danger et pourtant on n’entend parler que de ça. Où sont par exemple les analyses sur les néonicotinoïdes ? Ou sur l’aluminium ? On sait tous que l’aluminium cause la maladie l’Alzheimer et pourtant, dans les usines de potabilisation d’eau de ville, une pratique courante est d’utiliser des sels d’aluminium dans le processus du traitement (pour faire floculer les particules). Si l’on en met trop, cela se retrouve dans l’eau au robinet, mais personne n’en parle. Pas de débat, pas d’analyse, pas de problèmes.

Aussi, quand une analyse de l’eau de ville dépasse les critères, le préfet fait un arrêté pour autoriser la distribution de l’eau malgré le fait qu’elle est dépassée les seuils. Peu de gens savent que parfois l’eau est dégueulasse, mais elle est quand même vendue. Ils ne vont pas couper l’eau de toute façon, et on ne reçoit pas de texto pour nous en informer. » 


Ton opinion sur les normes ?

« Il ne faut pas se fier aux normes qu’on nous donne. Pour se protéger, ceux qui nous vendent l’eau ont fait des normes qui nous contraignent. Si je regardais ce qui se trouve sur la pomme de mon jardin, et que je la faisais analyser, on me dirait : impropre à la vente.
Effectivement, les entreprises se doivent de bien gérer leur stock pour éviter tout problème dans le cadre de la vente.
Hors cadre de vente, dans mon potager, il me suffit de manger ma pomme et tout va bien. Pour l’eau c’est pareil. Pour vendre une eau, il faut des critères de malade, mais pour la consommer, on s’en fiche complètement. Mais cette notion est loin d’être grand public. »

 

Que penses-tu des normes sur la qualité de l’eau du robinet qui changent régulièrement ?

« Il faut le voir comme ça : d’abord on analyse l’eau, puis on adapte la norme aux résultats pour que l’eau soit juste en dessous de la limite. Ce n’est pas la norme qui est faite en premier (cf. la distinction entre norme réglementaire et norme sanitaire). C'est pareil dans l'industrie automobile. Ce n'est pas la nouvelle norme de pollution qui force les constructeurs à développer un nouveau moteur moins polluant. D'abord ils créent un moteur et s'il est moins polluant que les autres, il devient la nouvelle norme. »


Merci Barnabé et à bientôt.

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