Nano Filter fait parler de lui dans le petit monde de la filtration de l’eau gravitaire.
À chaque fois qu’un nouveau filtre à eau gravitaire débarque avec de grands slogans, des promesses de filtration plus fine, plus rapide, plus durable… ma boîte mail se remplit de vos questions.
Cette fois, c’est Nano Filter, une nouvelle marque suisse, qui promet de bousculer le marché de la filtration gravitaire avec un filtre annoncé comme performant contre les PFAS, les métaux lourds, les bactéries, les microplastiques et même les virus.
Alors, que vaut vraiment Nano Filter ? Est-ce que ce filtre à eau gravitaire suisse peut devenir le nouveau standard pour les autonomistes, les survivalistes pragmatiques et tous ceux qui veulent filtrer sérieusement leur eau du robinet ?
C’est ce qu’on va regarder dans cet article.
Mais plutôt que de vous noyer sous les détails techniques, je vais volontairement rester simple dans cette analyse. L’objectif n’est pas de décortiquer chaque ligne de laboratoire, mais de vous montrer comment je juge rapidement si les éléments publiés suffisent à justifier son intérêt.

Méthode de cette analyse
Cet article est une analyse documentaire réalisée à partir des informations publiques disponibles sur le site de Nano Filter et dans les documents techniques accessibles au moment de la rédaction. Je n’ai pas testé ce filtre en laboratoire et je ne conclus pas que le produit ne fonctionne pas. Mon objectif est plus précis : vérifier si les preuves publiées permettent, selon mon cahier des charges, de valider les promesses mises en avant, notamment sur les virus, les contaminants testés, les rapports de laboratoire et la traçabilité de fabrication.
Si Nano Filter publie ou me transmet des rapports complets, vérifiables et plus détaillés, cette analyse pourra être mise à jour.
Avant propos
Mais d’abord, petite note à part.
J’ai déjà consacré pas mal de temps sur ce blog à la comparaison de différents filtres à gravité. J’ai publié de nombreux articles sur le sujet, justement parce que l’eau est un équipement critique. Un vrai outil de résilience et de santé au quotidien.
C’est donc assez naturellement que je reçois régulièrement des messages du genre :
“Dis donc Pierre, tu penses quoi de ce filtre ?
“Celui-là annonce 99,999 % de filtration, c’est sérieux ?”
“Lui, il dit filtrer les virus, les PFAS et les nanoplastiques, tu valides ?”
Le problème, c’est que depuis quelques années, les marques de filtres “révolutionnaires” semblent se multiplier comme des gremlins au contact d’un verre d’eau.
Et je n’ai plus le temps de faire du cas par cas à chaque nouvel email.
Parce qu’à chaque fois, ce n’est pas juste “regarder une fiche produit”. Il faut creuser le site web, lire les documents techniques, vérifier les laboratoires, croiser les informations, comprendre les limites des tests, retirer la couche marketing, et regarder ce qu’il y a vraiment sous le capot.
Le guide dont vous êtes le héro
C’est pour ça que j’ai publié un guide pratique en 8 points pour vous aider à vérifier vous-même le sérieux d’un filtre à gravité : site officiel, revendeur, fabricant, usine, documentation, certifications, laboratoire et sérieux des tests. Le but est simple : vous rendre autonomes dans votre analyse, au lieu de dépendre du dernier argument commercial qui passe.
S’il vous plaît, lisez-le.
Ma réponse collective
Ceci étant dit, dernièrement, vous avez été nombreux à me poser la même question à propos de ce nouveau filtre à gravité : Nano Filter.
J’ai renvoyé les premiers vers mon guide (désolé pour vous si vous ne voyez cet article qu’après coup). Mais force est de constater qu’il y a soudainement un certain engouement autour de ce filtre.
Une fois n’est pas coutume, j’enfreins donc ma règle.
Aujourd’hui, on va regarder ensemble si ce filtre mérite vraiment de remplacer mon choix actuel, à savoir le système Pure-Filters équipé de cartouches Coldstream FTO PLUS, en tant que solution de référence pour un usage domestique sérieux et une logique d’autonomie, de santé au quotidien, et de préparation aux crises.
Version accélérée
Je ne vais pas faire ici une étude exhaustive de 40 pages.
Pour ça, vous avez déjà mon guide.
Je vais plutôt faire la version accélérée, qui va droit au but.
En effet, quand je veux aller vite, je commence souvent par un point très simple :
Première vérification :
Filtre t'il les virus ?
Pourquoi les virus ?
Parce que très peu de filtres à gravité sont réellement capables de revendiquer une efficacité sérieuse contre les virus. Je commence donc toujours par là, pour savoir si ça vaut le coup de creuser davantage ou, au contraire, arrêter là si la documentation publique ne démontre pas clairement la revendication virus.
En effet, selon mon cahier des charges survivaliste, un bon filtre à eau retire les virus.
Point barre.
Et là, avec Nano Filter, ça commence de manière… disons, intéressante.
La quête du document le plus important
Le premier réflexe que j’ai, c’est donc d’aller directement au document le plus sérieux disponible : le rapport d’analyse du labo.
Ce document peut intimider au premier abord, mais c’est le cœur d’un filtre à eau. C’est la source à partir de laquelle tout le reste découle.
C’est comme un plan pour un architecte : ce n’est pas forcément le document le plus séduisant à regarder, mais c’est celui qui permet de comprendre sérieusement comment l’ensemble tient debout.
Un bon rapport d’analyse vous donne quasiment tout ce qu’il faut savoir pour vous faire une idée sérieuse d’un filtre, sans passer une seule seconde à explorer le site, ni vous laisser happer par de jolies images, les slogans, et tout le discours marketing.
Donc, allons-y.
Dans le menu, l’onglet « Preuves » semble être celui que l’on cherche.
Il suffit de scroller en bas de page pour trouver le bouton de téléchargement du document.

Capture d'écran du site Nano Filters avec le bouton "Télécharger les résultats complets".
Le document que l'on obtient: Le performance Data de Nano Filter:
Cliquez sur l'image pour survoler le document complet.
Virus ou pas virus?
Dans ce document, on cherche la partie qui parle de virus.
Tout en bas du document, on tombe sur un paragraphe intitulé :
“Bactéries, virus, parasites”
Bingo !
Sauf que, c'est là qu'on se heurte à un premier problème.
Les 4 lignes du tableau concernent uniquement des bactéries :
Comment en être sûr ? Une simple recherche google.

Capture d'écran du document "Performance Data" de Nano Filter. Le titre indique des virus, mais les 4 contaminants affichés sont tous des bactéries...
Dans ce tableau public que j’ai consulté, je n’identifie pas de test viral distinct.
Pas de rotavirus. Pas de MS2. Pas de protocole viral visible. Rien de ce genre dans les résultats publiés.
Donc là, deux possibilités.
Dans les deux cas, ce n’est pas un détail. Quand une efficacité virus est mise en avant, j’attends un protocole viral identifiable : organisme testé, méthode, réduction log, conditions d’essai.
Ce document à lui tout seul ne suffit pas à étayer la revendication ‘virus’.
Les plus observateurs vont me dire: "Oui mais, il y a une référence au rapport complet, juste au dessus du tableau". On en reparle plus bas.
Test de durée
En revanche, il faut reconnaître un bon point à Nano : les tests sont présentés avec une cartouche neuve et après 5 000 litres filtrés pour plusieurs contaminants. C’est beaucoup plus sérieux que les marques qui testent un filtre sur quelques litres, puis annoncent une durée de vie fantaisiste sur des milliers de litres. Le document précise même que les essais vont 1 000 litres au-delà de la durée de vie annoncée de la cartouche, fixée à 4 000 litres.
En revanche, là aussi, j'amène une touche de nuance, faute de voir la documentation complète.
Un test de durée vraiment solide ne se limite pas à un chiffre final. Il doit permettre de suivre la performance du filtre dans le temps, contaminant par contaminant, idéalement par paliers de volume. C’est ce qui permet de vérifier la constance de décontamination et d’identifier les éventuelles limites.
Deuxième vérification : le laboratoire
Ensuite, je regarde le laboratoire.
Dans la fiche Nano, on lit que les tests ont été conduits par deux laboratoires indépendants accrédités ISO/IEC 17025 : SGS et Labor Veritas, rattaché au groupe Bureau Veritas. Le document mentionne aussi trois références de rapports :
Sur le papier, c’est un bon point.
Labo international
L’ISO/IEC 17025 est une norme internationale utilisée pour les laboratoires d’essais et d’étalonnage. Elle sert à démontrer qu’un laboratoire fonctionne de manière compétente, impartiale et capable de produire des résultats fiables. Donc quand un laboratoire est accrédité ISO/IEC 17025 dans son domaine d’essai, c’est carré.
Mais il y a une nuance importante.
Il y a une différence entre plaquette commerciale et rapport officiel d'un labo
Ce que Nano met à disposition sur son site, ce n’est pas, à ma connaissance, le rapport brut officiel SGS ou Bureau Veritas. C’est un document de synthèse intitulé Performance Data, édité par Nano Filter, qui reprend des résultats et cite des numéros de rapports.
C'est bien, mais ça ne reste qu'une plaquette grand publique qui ne fait pas voir les rapports bruts émis directement par les laboratoires.
Et c’est là que je deviens prudent
Sur cette plaquette, il manque beaucoup d'informations : le laboratoire exact, son adresse, le numéro de rapport complet, la date, l’échantillon testé, le protocole détaillé, les limites de détection, les conditions d’essai, la personne qui autorise le rapport, les éventuelles signatures, QR codes ou éléments de vérification.
Ce sont les éléments habituels que j’attends dans un rapport brut complet.
Dans mon guide, j’insiste justement sur ce point : un filtre sérieux doit permettre d’identifier le laboratoire, le pays, l’accréditation, les normes ou méthodes suivies, et les résultats complets accessibles.
Peut-etre que je peux trouver ça dans les 3 rapports officiels des labos?
J’ai cherché les trois références citées dans le document : SGS NBF24-0013449-01, SGS NBF25-0023352-02 et Bureau Veritas 424-1242/A. Je ne les ai pas retrouvées en accès public direct.
Donc, je résume calmement :
les laboratoires cités sont sérieux (labo international) , mais les rapports officiels complets ne semblent pas publiés en accès direct.
Les informations présente sur le document publique ne sont pour moi pas suffisantes pour comprendre le sérieux des tests.
Peut-être que Nano les fournit sur demande. Peut-être que la publication complète est prévue. Peut-être que c’est simplement un oubli.
Mais pour l’instant, il manque trop de détails critiques.
En toute franchise, à ce stade, entre la revendication “virus” non démontrée dans le tableau public, et l’absence d’accès direct aux rapports bruts, le dossier public reste insuffisamment documenté pour mon cahier des charges. Je poursuis quand même l’analyse pour vous montrer ma méthode.
Troisième vérification : que contient la fiche Performance Data ?
Faute d’avoir les rapports bruts SGS et Bureau Veritas sous les yeux, je survole rapidement le document disponible. Le "Performance Data".
Et là, sans même entrer dans tous les détails, un truc saute aux yeux : le nombre de contaminants réellement listés reste assez limité.
Chez Nano, je compte 22 contaminants au total, si l’on additionne les lignes de résultats. Ce qui reste un panel très court (à titre de comparaison, les cartouches Coldstream FTO PLUS listent plus de 200 contaminants testés).
Encore une fois, l’accès aux rapports complets est nécessaire pour vraiment se faire un avis.
Bon, pour éviter de perdre ceux du fond de la classe, je vais m’arrêter là avec ce document, car c’est le moment où ça devient un poil plus technique si on se met à creuser.
Quittons ce document et allons voir le site maintenant.
Quatrième vérification : qui est Nano ?
À ce stade, vous remarquerez que je n’ai pas encore mis les pieds dans la partie "marketing" du site.
J’ai commencé par les documents techniques, les rapports, les labos, les contaminants. C’est là que les vraies informations se trouvent. C’est là que les éléments techniques pèsent davantage que les slogans.
Et on a déjà appris pas mal de choses.
Question suivante:
Où est basée la société ?
Maintenant, regardons qui est Nano.
Menu "pourquoi Nano"
Un petit drapeau suisse, et une adresse à Lausanne (Très joli coin, soit dit en passant).
Donc oui, Nano Filter est bien une société suisse.
Sur le site, on retrouve les formules “développé et breveté en Suisse” et “technologies suisses brevetées”. C’est séduisant. Et soyons honnêtes : la Suisse a une vraie image de rigueur, de précision, d’industrie sérieuse. Dans la filtration, Katadyn est aussi suisse, et c’est une marque reconnue dans la filtration.
Mais quand je lis “développé en Suisse”, mon cerveau traduit surtout :
bureau d’étude en Suisse.
Pas forcément fabrication en Suisse.
Où est basée l'usine de production des filtres ?
J’ai donc cherché l’information qui m’intéresse vraiment : où sont fabriquées les cartouches filtrantes?
Quelle usine ?
Quel fabricant ?
Quel pays de production ?
Est-ce assemblé en Suisse ?
Est-ce sous-traité ailleurs ?
Je n’ai pas trouvé l’information clairement affichée.
Et pour moi, c’est un encore un vrai point de vigilance.
Dans mon guide, je le dis clairement : si vous ne savez pas qui fabrique vraiment le produit, vous ne pouvez pas évaluer correctement le sérieux technique, la traçabilité, le contrôle qualité ou la cohérence entre les documents et la réalité industrielle.
Là encore, ce n’est pas une preuve contre eux. Mais pour un filtre à eau, j’aime savoir où ça se fabrique.
Un filtre à eau, ce n’est pas un dessous de plat en liège.
C’est un objet dans lequel vous faites passer l’eau que vous buvez tous les jours.
Il y a donc une relation de confiance très forte entre la marque et l’utilisateur.
Et pour construire cette confiance, il faut de la transparence.
Transparence

On aimerai savoir où sont fabriqué les cartouches filtrantes.
Sur la page “Pourquoi Nano”, on lit que la marque veut miser sur la transparence, avec cette phrase : “Si nous ne pouvons pas le prouver, nous ne l’affichons pas.” C’est une très bonne philosophie. C’est même exactement ce que j’attends d’une marque qui vend de la filtration d’eau. Mais justement, c’est là que certaines zones d’ombre restent importantes pour mon analyse.
Conclusion : des promesses fortes, un dossier public encore insuffisant
Vous voyez un peu la façon dont je procède.
Je n’ai pas commencé par les belles photos, les grandes promesses ou le storytelling de marque. Je n'ai pas écouté les arguments de Paul ou Jacques, je ne me base pas sur des avis relayés sans accès aux documents.
J’ai commencé par le bas du moteur : virus, rapports, laboratoires, usine, fabricant.
Et en quelques vérifications, voilà ce que j’en retiens.
Après cette analyse, ma position est simple : je ne peux pas conclure que Nano Filter est un mauvais produit, car je n’ai pas réalisé de test en laboratoire et je ne dispose pas des rapports bruts complets.
En revanche, je peux dire une chose clairement : les éléments publics que j’ai consultés ne suffisent pas à me donner confiance pour mon usage personnel.
Nano Filter met en avant des promesses importantes : filtration très fine, action sur les PFAS, les métaux lourds, les microplastiques, les bactéries, les parasites et les virus. Sur le papier, c’est ambitieux. Mais pour un filtre à eau potable, surtout lorsqu’il est présenté comme une solution sérieuse pour la famille, l’autonomie ou les situations dégradées, je ne me contente pas d’un discours ambitieux. J’attends des preuves complètes, directement vérifiables et suffisamment détaillées.
Sur le point des virus, je n’ai pas trouvé, dans le tableau public consulté, de test viral clairement identifiable.
Sur les rapports de laboratoire, je vois des références intéressantes, mais pas les rapports bruts complets directement exploitables.
Sur la liste des contaminants, le document public que j’ai consulté me paraît trop court pour valider sereinement l’étendue des promesses affichées.
Sur la fabrication des cartouches, je n’ai pas trouvé d’information claire sur l’usine, le fabricant industriel ou le pays de production.
Ce ne sont pas des détails. Un filtre à eau n’est pas un accessoire décoratif : c’est un équipement dans lequel on fait passer l’eau que l’on boit. À ce niveau, la confiance ne devrait pas reposer sur des slogans, mais sur une documentation solide.
Donc, pour mon cahier des charges, je ne retiens pas Nano Filter comme solution de référence en l’état des preuves publiques disponibles.
Transparence
Je suis partenaire et je recommande actuellement le système Pure-Filters équipé de cartouches Coldstream FTO PLUS, car son dossier technique correspond davantage à mes critères. Cette comparaison repose sur les éléments documentaires accessibles publiquement : fabricant identifié, rapports disponibles, contaminants listés, protocole viral identifiable et informations de fabrication. Comme toujours, je vous invite à vérifier les documents par vous-même.


















