Sur les réseaux sociaux, c’est la foire.
Vous publiez un contenu sur un plan B, une solution de secours, un moyen de gagner en autonomie ou une façon de mieux gérer une rupture de normalité, et les commentaires partent immédiatement dans tous les sens.
Un parle d’écologie. L’autre de politique. Un troisième de fin du monde. Un autre vous explique que votre solution ne servira à rien après une météorite, une guerre nucléaire ou l’effondrement complet de la civilisation. Un autre encore vient défendre “la vraie solution”, souvent unique, forcément supérieure, et généralement présentée comme si tout le reste était bon pour les idiots.
Bref : tout le monde mélange tout.
Et c’est exactement pour ça qu’une remise à niveau s’impose.

En bref :
Chez Mouton-Résilient, on parle de résilience familiale, de survivalisme pragmatique, d’autonomie réaliste et de préparation aux crises probables. On parle de coupure d’eau, de panne de courant, de tempête, d’inondation, de pénurie temporaire, d’évacuation, de réseau HS, de routes coupées, de confinement, d’accident, d’imprévu familial.
Nous ne faisons pas :
“La résilience, ça veut tout et rien dire !”
Ce mot est mal compris. Résultat : on lui attribue tout et n’importe quoi. Beaucoup de gens s’offusquent régulièrement avec le fameux : “c'est pas ça, la résilience !”
Commençons donc par la base.
Définition brut du dictionnaire Larousse
- 1. Matériaux. Caractéristique mécanique définissant la résistance aux chocs d'un matériau. (La résilience des métaux, qui varie avec la température, est déterminée en provoquant la rupture par choc d'une éprouvette normalisée.)
- 2. Psychologie. Aptitude d'un individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit de circonstances traumatiques.
- 3. Écologie. Capacité d'un écosystème, d'un biotope ou d'un groupe d'individus (population, espèce) à se rétablir après une perturbation extérieure (incendie, tempête, défrichement, etc.).
- 4. Informatique. Capacité d'un système à continuer à fonctionner, même en cas de panne.
Définition universelle
En reformulant de façon universelle, la définition de résilience est généralement admise comme ainsi:
La résilience désigne la capacité d’un individu, d’un groupe ou d’un système à encaisser un choc, à s’adapter, puis à retrouver un fonctionnement acceptable.
Dit simplement : c’est la capacité à absorber une perturbation sans s’effondrer complètement.
Résilience dans l'univers de la préparation
Pour Mouton-Résilient, notre vision de la résilience correspond tout a fait à cette ligne de conduite: À l’échelle familiale, la résilience, c’est la capacité à encaisser un choc (une rupture de normalité), à s'y adapter (mise en place de plans B) et à retrouver un fonctionnement acceptable avec les moyens disponibles.
En clair : quand l’eau, l’électricité, les transports, les magasins, les réseaux ou les services habituels sont HS, vous avez quand même de quoi tenir, décider, agir et protéger vos proches.
L'exemple de la voiture
La bonne image, c’est l’amortisseur.
Quand une voiture prend un nid-de-poule, le choc existe. La route est mauvaise. Le confort baisse. Mais si les amortisseurs font leur travail, la voiture garde l’adhérence, reste contrôlable et continue d’avancer.
La résilience familiale, c’est pareil : absorber le choc, garder du contrôle, continuer d'avancer.
Ok, maintenant que la définition est posée, passons aux différents types de commentaires qui foisonnent sur nos réseaux sociaux, et plus particulièrement sur Facebook.
“La résilience, c’est juste de l’écologie déguisée !”
Autre confusion classique.
L'écologie, le low-tech, c'est bien !
Oui, une solution résiliente peut être écologique, locale, low-tech, durable, et réparable. Très bien. C’est même souvent pertinent.
Un filtre à eau gravitaire, un potager, des poules, un poêle à bois, des outils manuels, une marmite norvégienne, une cuisine low-tech, une réserve alimentaire bien pensée, des conserves maison ou un déshydrateur solaire peuvent avoir beaucoup de sens.
Je suis le premier à privilégier ces solutions dès possible.








La résilience n’est pas un label vert
Mais la résilience n’est pas un label vert.
Le critère principal n’est pas de savoir si une solution coche toutes les cases écologiques, morales ou militantes du moment.
Le critère principal est simple : est-ce que cette solution vous donne une option de plus dans un scénario dégradé ?
Une solution imparfaite peut rester utile
Une solution peut être écologique et résiliente.
Elle peut aussi être résiliente sans être parfaite sur le plan écologique.
Et inversement, une solution très écologique peut se révéler insuffisante dans certaines situations.
Par exemple : avoir un stock de papier toilette plutôt que des lingettes lavables. Lisez l’article, vous comprendrez que tout ce qui est lavable ou réutilisable pose problème quand il n’y a plus de courant et plus d’eau courante.
Faire la part des choses
La résilience pragmatique, c’est du concret et du bon sens.
Avoir une réserve de packs d’eau chez soi, oui, ce n’est pas écologique. C’est du plastique. Ce n’est pas beau.
Mais ce n’est pas une raison pour balayer cette solution d’un revers de main au motif qu’elle ne correspond pas parfaitement à vos convictions.
Il faut faire la part des choses et accepter certaines concessions.
Votre ordinateur ou votre téléphone n’est probablement pas fait en bois recyclé, et pourtant cela ne vous gêne pas d’en avoir un.
“Oui mais en cas d’apocalypse, ton truc ne servira à rien !”

Celle-là, c’est la reine des objections.
L’objection du scénario extrême
Quel que soit le sujet, on y a droit.
Vous parlez d’un stock d’eau ? “Oui mais en cas de sécheresse mondiale, tu fais quoi ?”
Vous parlez d’un filtre ? “Oui mais si toutes les sources sont contaminées, tu fais quoi ?”
Vous parlez d’une batterie ? “Oui mais quand elle sera vide, tu fais quoi ?”
Vous parlez d’un jerrican ? “Oui mais après 300 kilomètres, tu fais quoi ?”
Vous parlez d’une antenne Starlink ? “Oui mais si tout internet tombe partout dans le monde, tu fais quoi ?”
Vous parlez d’une réserve alimentaire ? “Oui mais quand ton stock arrive à zéro, tu fais quoi ?”
Avec ce raisonnement, tout devient inutile
Une bouteille d’eau ne règle pas une sécheresse mondiale. Un extincteur ne sauve pas une ville entière en flammes. Une trousse de secours ne transforme pas un citoyen en chirurgien. Une batterie ne remplace pas le réseau électrique national. Un jerrican ne règle pas une pénurie de carburant à l’échelle d’un pays.
Et pourtant, dans le bon contexte, au bon moment, ces solutions sont utiles.
“De toute façon, quand tout s’effondre…”
Voilà le grand final.
“Quand tout s’effondre…”
Phrase magique qui permet de balayer n’importe quelle solution.
Sauf qu’entre la normalité parfaite et la fin absolue de tout, il existe une quantité énorme de situations intermédiaires.
Le mauvais scénario de référence
La résilience familiale ne vise pas à gagner contre la fin du monde. Elle vise à mieux traverser des ruptures de normalité réalistes.
La question sérieuse à ce poser est : dans quels scénarios cette solution me donne-t-elle une marge de manœuvre ?
“Si ça dépend d’un système, ce n’est pas résilient !”
L’objection de la dépendance
Voilà une autre phrase qu’on retrouve partout.
Dès qu’une solution dépend d’un service, d’une entreprise, d’une infrastructure, d’un réseau, d’un abonnement, d’une pièce détachée ou d’une technologie moderne, certains la rejettent en bloc.
Le raisonnement ressemble à ça : si ça dépend de quelque chose, alors ce n’est pas résilient.
L'exemple du crayon de bois
Même un pauvre crayon de bois dépend d’un nombre impressionnant d’éléments, et aucune personne au monde n’est capable d’en fabriquer un entièrement seule.
Je cite ici Milton Friedman.
Pour ceux qui comprenne l'anglais:
Pour les autres:
Dans cette démonstration, Friedman explique qu'aucune personne sur Terre ne sait fabriquer seule un simple crayon. Le bois peut provenir d'une forêt exploitée à des milliers de kilomètres, le graphite d'une mine dans un autre pays, le caoutchouc de l'effaceur d'une autre région du monde, le métal de la bague d'une autre filière industrielle, sans compter les machines, les transports, les outils, les carburants, les ports, les ouvriers, les ingénieurs et les commerçants impliqués dans la chaîne. Des milliers de personnes coopèrent indirectement pour produire un objet qui coûte quelques centimes.
Bref, même un objet aussi simple, banal et low-tech qu’un crayon repose sur une chaîne technique, industrielle et logistique.
Un peu de sérieux
Si vous voulez vraiment ne dépendre de rien, alors il est temps de lâcher votre ordinateur, votre compte Facebook hébergé chez Meta, votre assurance santé, votre voiture, votre banque, votre supermarché, votre fournisseur d’électricité, votre box Internet et votre téléphone.
Puis d’aller vivre dans une grotte en léchant de la mousse.

Un peu de sérieux.
La vraie question n’est pas de savoir si une solution dépend de quelque chose.
La vraie question est : de quoi dépend-elle, jusqu’à quel point, et comment faire pour limiter cette dépendance.
Avoir conscience des dépendances
La vraie question n’est donc pas de savoir si une solution dépend de quelque chose.
Elle dépend forcément de quelque chose.
La vraie question, c’est plutôt : avez-vous conscience de ce dont elle dépend, et avez-vous planifié en conséquence ?
L'exemple de mon filtre à eau

Mon filtre à gravité est composé de deux cuves et d’un robinet. Ça, je peux assez facilement le bricoler avec du matériel de récupération : deux seaux alimentaires, quelques trous, un robinet, et on obtient une base fonctionnelle. Voir ici comment fabriquer un filtre à eau maison.
En revanche, les cartouches filtrantes qui vont dedans, c’est une autre paire de manches.
Et ne venez pas me parler de filtrer de l’eau d’égout avec un torchon et deux bouts de binchotan dedans. Allez-y, faites l’expérience, et on en reparle quand vous serez admis aux urgences.
Je sais que les cartouches filtrantes sont un élément que je ne peux pas improviser si je veux obtenir un résultat fiable, efficace, et boire de l’eau en toute sécurité.
Je sais aussi qu’elles viennent d’Angleterre, que je ne les trouve pas dans le supermarché du coin, et qu’il peut donc y avoir des ruptures de stock, des grèves, des retards de livraison ou une hausse des prix.
Je sais enfin que je m’en sers tous les jours et que je devrai les changer tous les six mois, pour les années à venir.
J’ai donc prévu un stock stratégique de cartouches FTO PLUS pour me donner de la marge, éviter de subir l’inflation, les pénuries ou les délais, et continuer à utiliser mon système même si l’approvisionnement devient compliqué.

“La vraie solution, c’est la mienne !”
Sur les réseaux, il y a toujours quelqu’un pour arriver avec “la vraie solution”.
La vraie solution, c’est la radio. La vraie solution, c’est le solaire. La vraie solution, c’est le potager. La vraie solution, c’est le vélo. La vraie solution, c’est la CB. La vraie solution, c’est le réseau mesh. La vraie solution, c’est la campagne. La vraie solution, c’est l’instinct. La vraie solution, c’est apprendre à vivre comme avant.
Très bien.
Toutes ces solutions peuvent avoir de la valeur.
Mais dès qu’on transforme une solution utile en solution unique, on retombe dans le dogme.
La résilience ne repose pas sur “la vraie solution”. Elle repose sur des couches complémentaires.
Pour l’eau : stockage, filtration, traitement, récupération, points d’approvisionnement connus, méthode de purification.
Pour l’énergie : power bank, station autonome, panneaux solaires, groupe électrogène, etc.
Pour la communication : téléphone, SMS, internet, radio, radio onde courte, talkies-walkies, Starlink, CB, réseau local, voisins identifiés, points de rendez-vous, numéros imprimés, consignes connues.
Pour la mobilité : carburant, itinéraires alternatifs, véhicule entretenu, vélo, marche, plan d’évacuation.
Une seule solution crée une dépendance.
Plusieurs solutions créent de la marge de sécurité et de la résilience.
“La résilience, c’est politique !”
Voilà une des grandes confusions.
Dès qu’on parle d’autonomie, de low-tech, de préparation, de stock alimentaire, de filtration de l’eau, d’énergie de secours ou de plan B, certains cherchent immédiatement une étiquette politique.
Gauche. Droite. Écolo. Anti-système. Décroissant. Libertarien. Complotiste. Survivaliste extrême. Réac. Progressiste. Autonomiste.
Stop.
Le sujet, ici, c’est la capacité d’une famille à mieux encaisser une situation dégradée.
Avoir de l’eau d’avance ne donne aucune indication sur votre vote. Posséder une lampe frontale, une batterie, une trousse de secours, un réchaud, un filtre à eau ou quelques jours de nourriture ne fait pas de vous un militant d’un camp ou d’un autre.
Cela montre simplement que vous avez prévu une marge.
La résilience peut intéresser des gens très différents, avec des opinions très différentes, parce que les crises concrètes ne demandent pas votre carte électorale avant de frapper.
Une coupure d’électricité, une tempête, une pénurie, une inondation ou une évacuation touche des familles, pas des étiquettes politiques.
“Avant, on vivait très bien sans tout ça !”

Oui. Avant, les gens vivaient aussi avec d’autres habitudes, d’autres compétences, d’autres réseaux locaux, d’autres contraintes, d’autres métiers, d’autres rythmes et d’autres dépendances.
Dire “avant, on faisait sans” ne suffit pas à régler un problème moderne.
Le monde d’avant avait aussi sa logistique
Avant, on faisait sans frigo, oui.
Mais on avait aussi toute une logistique qui permettait de faire sans frigo.
On avait des garde-manger, des fabricants de garde-manger, des frigos à glace, des gens dont le métier était de prélever la glace, de l’entreposer et de la livrer.
On avait des saloirs, les quantités de sel nécessaires, les savoir-faire, les habitudes de conservation, les recettes et les compétences qui allaient avec.
On avait des maréchaux-ferrants dans chaque village, parce que le cheval était un moyen de déplacement central.
La logistique a changé
Tout cela a largement disparu.
La logistique a changé.
Vous pouvez toujours avoir un cheval, bien sûr.
Mais si vous voulez traverser la France pour rendre visite à votre cousin en Normandie, bon courage pour assurer toute la logistique du trajet : nourriture, repos, ferrage, itinéraire, soins, hébergement, météo, sécurité, chemin tranquile...
Il faut vivre avec son temps et construire des solutions réalistes dans le monde tel qu’il est aujourd’hui.
“Si ce n’est pas parfait, autant ne rien faire !”

Le confort de ne rien faire
C’est probablement le fond du problème.
Beaucoup de critiques donnent une impression de lucidité. Mais elles débouchent sur quoi ?
Rien.
Chaque solution a une limite, donc on ne prépare rien.
Chaque plan B est imparfait, donc on ne met rien en place.
Chaque réserve finira par diminuer, donc on ne stocke rien.
Chaque outil peut tomber en panne, donc on n’achète rien.
Chaque scénario peut empirer, donc on n’anticipe rien.
C’est plutot confortable de penser comme ça, n'est ce pas? C'est rassurant.
On se donne bonne conscience.
“T’inquiète pas Maurice, de toute façon, sa solution est imparfaite. Il n’ira pas beaucoup plus loin que toi.”
Ça permet de critiquer ceux qui agissent, tout en évitant de faire le moindre effort.
Mais le jour où la situation se dégrade, une chose devient évidente : une solution imparfaite dans un placard vaut mieux qu’une grande théorie dans des commentaires.
La préparation aux crises n’a pas besoin d’être parfaite pour être utile.
Elle a simplement besoin d’exister.
Conclusion : moins de dogme, plus de plans B
La résilience, ce n’est pas une idéologie. Ce n’est pas un camp politique. Ce n’est pas un label écologique. Ce n’est pas un concours de pureté. Ce n’est pas une promesse de survie éternelle après la fin du monde.
La résilience, c’est la capacité à encaisser une rupture de normalité, à fonctionner en mode dégradé et à continuer à agir avec les moyens disponibles.
À l’échelle familiale, cela veut dire : avoir des plans B, ne pas être pris au dépourvu, savoir quoi faire quand ça déraille, gagner du temps, garder la tête froide, s’adapter à la situation et planifier la suite de façon posée.

















